Depuis 3 ans, nous faisons une recherche sur le fonctionnement de l’eau sur la propriété et dans le secteur en vue de préparer dévasage et restauration du circuit hydraulique qui comprend des douves qui existent depuis le XVIème siècle et une serpentine dessinée au milieu du XIXème parcourant un parc paysager romantique dit à l’anglaise. Nous avons été en contact avec de nombreux acteurs locaux et régionaux (institutions, associations) et nous avons rencontré des entreprises spécialisées afin de nous approprier le sujet.

 L’intervention est prévue en 2 tranches sur 2 années successives de travaux à partir de janvier 2021. Cela comprend notamment curage et préparation accès (abattage et élagage, création d’aires de stockage temporaire des boues) et remise en état + l’évacuation des sédiments non dangereux (si confirmation).

La Drac HDF a donné son accord pour l’AVP curage douves de l’architecte du patrimoine Judicaël de la Soudière et devrait pouvoir aider à hauteur de 50%. Le ministère de la Culture nous accompagne auprès de l’instance régionale pour rendre possible le maintien de ce taux grâce aux interventions conjointe du maire et du député. Via le mécénat, des entreprises du département, du négoce agricole à l’industrie de raffinage d’huiles soutiennent le projet, avec de contreparties.

Parallèlement le Master « Jardins historiques, paysage et patrimoine » de l’Ecole du paysage de Versailles lance une étude d’ici la fin de l’année avec le soutien de la DRAC Hauts de France pour un rendu axé sur le parc et l’eau prévu pour septembre 2021. Elle s’inscrit dans la continuité de l’étude de 1996 par la paysagiste lilloise Aline Lecoeur où un état des lieux du jardin, parc et douves avait été réalisé dans le même cadre.  Cela témoigne de l’importance accordée au jardin et parc du château d’Esquelbecq qui serait « le plus ancien jardin de France subsistant » selon l’historien Ernest de Ganay (1880-1963)

 

Cependant entre le printemps 2019 la commission thématique « Qualité de l’eau » et notre rencontre avec le maire et Mr Valois en juin 2020, il reste des questions en suspens sur la qualité et la quantité d’eau dans le réseau hydraulique : notamment l’historique du niveau de l’Yser (surcreusement), la source intarissable à la mairie ou la clarification administrative concernant le fossé à ciel ouvert supprimé.

 

L’eau dégradant la qualité du milieu récepteur

Les eaux pluviales qui passent par les douves proviennent d’un bassin versant de 35 ha (auquel on peut ajouter le secteur de la gare). L’objectif actuel de la commune est de ne pas surcharger les volumes qui arrivent à la STEP de Wormhout et de n’amener dans les douves que de l’eau pluviale. Il est essentiel de comprendre comment la commune et Noréade travaillent ensemble pour quantifier et améliorer durablement le rejet d’eaux pluviales.

En 2019, Noréade a effectué une campagne de contrôle des 252 logements concernés et 73 n’étaient pas conformes soit presque 30%.L’agence de l’eau Artois Picardie a pu mettre en place des aides pour aider mise en conformité (territoire de l’ORQUE[1]de l’Yser). De son côté,la mairie a communiqué auprès des habitants sur la pollution des douves du fait de ces mauvais raccordements. Aujourd’hui il en resterait 21. Il est encourageant que notre demande de vérification ait permis de contribuer à cette amélioration générale.

SORTIE vers l’Yser

Dans le cadre d’une « étude de la gestion de l’eau du site et des possibilités de réduire les impacts sur le milieu », l’Agence de l’eau et Noréade pourraient accompagner le projet avec un système d’analyses régulières de cette eau se déversant dans un réseau hydrographique de surfaceet des conseils sur les filtres adaptés.

Si les ouvrages et déversements “Eaux Pluviales” ne sont pas soumis à auto-surveillance réglementaire, il apparait aujourd’hui primordial de connaître et de maitriser la nature et le volume des effluents rejetés avant de les restituer au milieu récepteur dans des conditions acceptables (concentration d’Escherichia coli).

 

Alimentations en eau des douves.

Comme l’expliquait M. Leurs de l’AFB, il y a des résurgences et des sources car le plan d’eau ne s’assèche jamais même en été, comme l’étang de Mr Decoen. Grâce à ces sources, il y a heureusement une dilution du déversement du réseau public. Lors des périodes sèches, il n’y a pas d’arrivée d’eau pluviale (ou un mince filet gris) ce qui permet d’impressionnantes concentrations en bactéries.

Selon nos recherches, il est possible que le circuit naturel et historique de l’eau ait été impacté par les travaux privés effectués en limite nord-ouest du domaine, son point haut.

D’une part, la construction de la maison Deblock 1972-75, avec un chemin d’accès à la propriété qui a été créé mais sans tenir compte du parcours de l’eau à cette époque. Au même endroit, a été installé un poteau électrique : une arrivée d’eau sous le chemin goudronné a pu être endommagée et doit être inspectée à la caméra.

Mr Decoen 1975-79 construit son 1erhangar et voulait faire un parking mais l’eau de la source revenant sans cesse, il creuse un plan d’eau (1979-83). Un plan d’eau qui donc ne s’assèche jamais et ne gèle jamais entièrement.

Aujourd’hui la surface du terrain Decoen est entièrement goudronnée. L’eau provenant de cette zone imperméabilisée se rejette sans traitement préalable, dans le circuit des douves. Il y manque un séparateur à hydrocarbures.

Il se trouve que dans ce périmètre, un élément mérite une recherche complémentaire et attention particulière afin de le conserver, il s’agit d’un « carré en ile » encore en place et déjà visible sur la gravure de Sanderus (1641) identifié par Jean Michel Sainsard, l’expert des jardins historiques au Ministère de la culture (rapports de 2015 et 2019)

De son côté, lors de sa dernière visite en janvier 2020, l’Architecte des Bâtiments de France a rappelé que le périmètre de protection autour des MH était étendu au parc même sans construction.

 

Pour gérer le niveau d’eau du circuit, nous avons besoin d’un historique sur le niveau de l’Yser (surcreusement) afin de statuer sur le fonctionnement des vannes de chasse et de fuite adapté aux saisons et les restaurer de façon durable.

En 2002, le Syndicat d’assainissement du bassin de l’Yser a effectué des travaux sur l’Yser dont les parcelles cadastrales 549, 1020 sont riveraines, demandant de laisser libre le long de ce cours d’eau une bande de terrain sur une largeur de 6 mètres pour permettre le travail des pelles mécaniques. Pour réaliser quelle opération ?

La même année, pendant les travaux de la maison du Westhoek, la mairie a commandé aux Ets Courtois de Pitgam, un tunage, allant à la vanne de l’allée traversière. Depuis le radier de cette vanne a été modifié et elle ne joue plus son rôle. Bien que la vanne soit ouverte, il y a des moments de l’année où il n’y a pas d’eau qui sort au niveau de l’allée traversière.

La loi du 25 février 1943 instaure l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France sur toute demande d’autorisation de travaux à l’intérieur d’un périmètre de protection de 500 mètres autour des monuments historiques. Protéger la relation entre un périmètre classé et son environnement consiste à veiller sur la qualité des interventions sur le bâti, et sur les espaces publics (traitement des sols, mobilier urbain, éclairage…)

L’état des lieux avant ces travaux privés et public permettrait de mesurer l’évolution des niveaux de l’eau qui s’en est suivie.

 

Causes de l’accumulation de sédiments et gestion du manque d’oxygène dans l’eau

L’accumulation de sédiments est signalée et reconnue depuis les années 90. D’après Mr Lambin cela a dû participer à la mise en séparatif du réseau de la commune contrairement au reste des communes du territoire de Noréade qui sont majoritairement en réseau unitaire avec des surverses de temps de pluie.

Demeure que la propriété a servi et continue de servir de bassin de décantation pour la commune sans frais, ni entretien collectif depuis au moins 25 ans.

Pour mesurer cela, il faut aussi identifier à quel moment l’Ecole Saint-Joseph a été raccordée ainsi que la chronologie des installations avec l’évolution du nombre d’habitants sur le secteur.

En effet, d’après les analyses de surface, les sédiments ne sont pas dangereux mais d’autres essais via carottage en profondeur permettront de vérifier leur évolution en fonction de la période d’accumulation et la part organique et minérale.

 

En 1972, le conseil municipal a émis un avis favorable pour la fermeture d’un fossé bordant la propriété Morael (Séance 21 avril 1972).Le comité familial scolaire avait attiré l’attention du conseil sur l’état du fossé qui borde la propriété Morael et le chemin qui passe derrière le terrain où sont bâtis les locaux de l’Ecole st joseph. « Ce fossé présente d’une part des inconvénients d’hygiène pour les enfants de l’école du fait des odeurs de fermentation qui s’en dégagent à certains moments. D’autre part ce qui est encore plus grave, un danger dû à sa profondeur à proximité immédiate d’une cour d’école. »On peut imaginer que cela a mené à la suppression fossé le long rue de la gare (1977 après l’annéede sécheresse)

 

Dans le cadre du remembrement (1997-1998), un bassin de stockage a été créé sur la commune.  Aujourd’hui il n’y a pas de limitateur de débit qui permettrait de réguler des points d’inondation au niveau de la voirie. Noréade proposait d’installer un régulateur de débit en sortie du bassin pour favoriser le tamponnement dans le bassin. C’est une bonne nouvelle si ce bassin ne jouait pas son rôle de tamponnement le bassin versant agricole.Ce serait un moyen de limiter la quantité de sédiments à se déverser dans le réseau pluvial.

De plus, une zone tampon végétalisée (ZTV) ou boisée (ZTB), système d’infiltration ou d’écoulement des effluents, plantés d’espèces végétales pourrait être envisagée.

 

Dans la mesure où les 5 ha de parc ont été peu touchés pendant des dizaines d’années, cela aurait dû être bénéfique à une conservation du milieu et de la biodiversité. Aujourd’hui il n’y a plus de vie dans le circuit, plus de poisson, ni moules d’eau, peu d’insectes ou batraciens, seulement canards sauvages et poules d’eau.

L’écosystème doit être restauré et l’ingéniérie écologique appliquée aux milieux aquatiques envisagée afin de concilier différents objectifs avec une approche multi-bénéfices et multi-bénéficiaires.

S’il l’on veut maintenir un taux d’oxygène « normal » dans l’eau, nous devons lutter contre l’eutrophisation dans la partie boisée du circuit mais une eutrophisation relative au peuplement arboricole sur le domaine uniquement.

Au niveau des douves, il y a une roselière intéressante d’un point de vue biodiversité et pour son rôle filtrant mais sa localisation pourrait être revue. La société Aquatiris propose une solution que nous étudions car nous avons « naturellement » des phragmites et des iris d’eau.

https://www.aquatiris.fr/nos-produits/jardins-dassainissement/

 

Stockage des sédiments et filières de valorisation

L’eau qui s’écoule dans le parc du Château n’est pas considérée comme un cours d’eau par la Police de l’eau et des coups de tarière ont permis de montrer que le parc n’est pas en zone humide donc l’épandage des vases y est possible. Mais dans des quantités limitées (15-20 cm)

Nous cherchons donc une zone de stockage temporaire car les frais de création de cette zone dans l’un des seuls parcs paysagers classés du Nord sont élevés. Cette zone peut aussi dénaturer le lieu que nous travaillons à ouvrir au public. Il serait intéressant de trouver des alternatives à proximité qui permettrait également de communiquer sur la valorisation de ces boues.

Concernant le stockage, une entreprise normande propose un système de poches qui pourrait aussi s’adapter à la situation.

https://actu.fr/normandie/argentan_61006/video-desenvasement-douceur-plan-deau-noe-argentan_13410572.html

 

Suite à sa visite avec le ministre de la culture dernier trimestre 2019, le sous-préfet nous avait recommandé par exemple Cyril Scribot du Cd2e en charge de l’animation de la filière « gestion et valorisation des sédiments » qui préoccupe de nombreux acteurs des Hauts de France.http://www.cd2e.com.

Ces pistes sont prometteuses mais nous ne pourrons pas les mener à bien sans votre coopération.

 

L’eau élément vital, un patrimoine menacé

Sil’eau est une ressource précieuse, l’expérience de la remise en état du circuit hydraulique du domaine peut remuer plus que des sédiments sur un territoire façonné par l’eau comme la Flandre.Le potentiel est de faire d’un chantier d’intérêt privé sur le papier un moteur pour l’intérêt général, en mettant en lumière les bénéfices de la gestion durable de l’eau.

 

Les constats ci-dessus sont liés à des évolutions de la géographie du bassin versant qui peuvent modifier les écoulements de l’aménagement hydraulique initial comme aux Wateringues :

  • L’extension des zones urbanisées, l’implantation de zones industrielles et d’activités et commerciales entraînent une imperméabilisation croissante des sols et un ruissellement de plus en plus important.
  • L’érosion et les phénomènes d’envasement du réseau hydraulique réduisent les capacités de stockage des eaux excédentaires et perturbent les écoulements.
  • L’évolution des pratiques culturales conduit à l’assèchement de zones humides et au comblement de petits fossés qui jouaient un rôle de rétention et de stockage des eaux. Le passage sur les terres de machines de plus en plus lourdes augmente le ruissellement sur des sols compactés et accélère l’arrivée des eaux à l’aval.

 

L’écrin du château est idéal pour mettre en valeur cette évolution du territoire car à terme l’idée est que les visiteurs faire un tour en barque et comprendre pourquoi et comment hors des circuits classiques de l’acquisition de la connaissance à travers une “expérience”.

Et ensuite appliquer chez eux les principes mis en évidence sur le terrain et que cette prise de conscience aboutisse à des inputs économiques.

A l’échelle de la commune, ou communauté de communes ce serait l’opportunité de devenir un modèle en s’impliquant avec les habitants et les entreprises dans le projet basé sur la communication sur la ressource eau et son intérêt parfois perdu de vue.

 

Concernant les bénéfices induits par ce projet, les plus-values, tant qualitatives que quantitatives, écologiques, économiques et sociales sont multiples, notamment en termes d’attractivité. Au service du vivant, la restauration de ce milieu dégradé est une finalité écologique mais également au service de l’Homme, donc aussi économique et sociale.

[1]Opération de Reconquête de la Qualité de l’Eau